Avec plus de 800 km² d’espace urbain dense et 130 communes, la Métropole du Grand Paris constitue un territoire profondément interdépendant. Pourtant, nombre de politiques publiques continuent d’être pensées à l’échelle communale, intercommunale de proximité ou confiées à une mosaïque de syndicats spécialisés. Cette fragmentation nuit à la cohérence d’ensemble, brouille la compréhension des enjeux et limite l’efficacité de l’action publique.
Paradoxe : les habitants concernés vivent quant à eux chaque jour à l’échelle métropolitaine. Ils se déplacent, travaillent, respirent, consomment et subissent les effets du changement climatique bien au-delà des frontières administratives. Il est temps que la gouvernance suive la réalité du territoire.
Des continuités écologiques… interrompues par les frontières communales
L’exemple des corridors écologiques illustre l’absurdité du système actuel. Comment parler de continuité écologique lorsque chaque commune peut, par ses choix d’aménagement, créer une rupture dans ces trames naturelles ? À l’échelle métropolitaine, la biodiversité ne connaît pourtant ni limites cadastrales ni frontières politiques.
Le même constat vaut pour les mobilités actives : combien de pistes cyclables s’arrêtent net à l’entrée d’une commune pour reprendre quelques centaines de mètres plus loin ? Ces discontinuités découragent les usages et traduisent l’absence de stratégie commune.
Espaces verts et biodiversité : une stratégie sans moyens
La Métropole du Grand Paris a identifié, dans son Atlas de la biodiversité, les secteurs à fort potentiel d’accueil de la faune et de la flore. Mais, elle ne dispose aujourd’hui d’aucun véritable levier d’action, si ce n’est la capacité de convaincre les maires. Une ambition écologique ne peut uniquement reposer sur la bonne volonté locale.
Par ailleurs, les décisions prises sur les grands espaces verts tiennent rarement compte des besoins des habitants des communes voisines. L’exemple des bois de Vincennes et de Boulogne est révélateur : comment justifier durablement que leur gestion relève exclusivement de Paris alors que ces espaces bénéficient à toute la métropole ?
La création d’une agence métropolitaine des espaces verts et de la biodiversité permettrait d’organiser la gestion de ces grands sites à la bonne échelle, avec une vision globale des continuités écologiques, des usages et de l’adaptation climatique.

Potentiel d’accueil de la biodiversité (source APUR)
Eau : un pilotage éclaté et inefficace
La gestion de l’eau souffre elle aussi d’un empilement institutionnel peu lisible. Les Établissements Publics Territoriaux (EPT) sont compétents pour l’eau potable sans toujours disposer des moyens adaptés, et délèguent souvent cette mission à des syndicats existants.
L’assainissement relève du SIAAP. La prévention des inondations dépend des Grands Lacs de Seine. Les responsabilités sont dispersées, les coordinations insuffisantes, et les usagers restent largement absents des instances décisionnelles.
Face aux défis climatiques, à la ressource en eau et aux risques d’inondation, il devient indispensable de confier l’ensemble de la compétence eau à la Métropole, afin de garantir une gouvernance cohérente de la ressource, du robinet à la rivière.
Cimetières : jusque dans la mort, l’incohérence persiste
Même la politique funéraire échappe à toute logique territoriale. Des communes accueillent de grands cimetières parisiens réservés aux habitants de Paris, tandis que Paris héberge plusieurs cimetières communaux ou intercommunaux non accessibles aux Parisiens.
L’APUR analyse régulièrement les enjeux liés aux 96 cimetières communaux et aux 6 cimetières intercommunaux hors Paris. Le SIFUREP coordonne à l’échelle régionale la gestion funéraire pour les communes adhérentes, mais toutes les communes métropolitaines n’en font pas partie.

Carte des cimetières intercommunaux (source APUR)
Résultat : tarifs et durées de concession varient fortement selon les territoires. Là encore, une compétence funéraire confiée à la Métropole constituerait un progrès concret en matière d’égalité, de lisibilité et de service public.
La Métropole, l’échelle du réel
Espaces verts, eau, cimetières : ces trois exemples montrent une évidence. De nombreux enjeux du quotidien dépassent largement les frontières communales. Continuer à les gérer de manière morcelée revient à organiser l’inefficacité. La bonne échelle pour agir est celle du bassin de vie dense et continu qu’est la Métropole du Grand Paris.
Encore faut-il lui donner les compétences et les moyens d’assumer ce rôle.
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