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À qui appartient l’espace public parisien ?

L’espace public est le lieu de toutes les rencontres. Il révèle d’une certaine façon tous les possibles –parfois brutalement quand il accueille par exemple les populations de sans domicile fixe–. Cet espace traduit la place et la considération que nous accordons à chacun, et la manière dont nous voulons vivre ensemble. Ces dernières années, Paris a profondément transformé son espace public : la place accordée au piéton, au vélo et à la végétation a progressé tandis que celle de l’automobile a reculé. Ces évolutions sont bienvenues, mais certains partis-pris tout comme la mise en œuvre n’évitent pas les tensions, et la question du rôle essentiel de ces espaces demeure.

Mais les contestations et les incompréhensions restent nombreuses. Nos associations adhérentes alertent régulièrement sur les effets indésirables de certains usages ou aménagements réalisés ou envisagés : boulevards Jules Ferry et Richard Lenoir, place Félix Éboué, événementiel incessant au Champ-de-Mars ou au Trocadéro, concerts agressifs comme We Love Green au bois de Vincennes…

Difficultés de circulation des bus dans certaines places réaménagées, conflits entre piétons et cyclistes, terrasses envahissantes ou espaces devenus difficiles à lire et à pratiquer. Derrière ces tensions apparaît une question essentielle : comment construire un espace public réellement partagé ?

Emmanuel Grégoire, le nouveau maire de Paris, déclare vouloir apporter plus d’attention à l’espace public ; dont acte, mais il n’est pas superflu de rappeler quelques points majeurs auxquels FNE Paris est particulièrement attaché.

Faire de l’espace public un lieu partagé, apaisé et cohérent

L’espace public concentre aujourd’hui de multiples attentes parfois contradictoires : végétaliser davantage la ville, réduire la place de la voiture, développer les mobilités douces, maintenir des commerces vivants, accueillir des événements, préserver le calme des habitants, faciliter l’accès aux transports collectifs ou encore garantir l’inclusion des personnes les plus fragiles.

L’espace public parisien est utilisé par des publics extrêmement divers : femmes, hommes, enfants, personnes âgées, personnes à mobilité réduite, travailleurs, habitants, touristes, cyclistes, piétons, usagers des transports collectifs ou professionnels de la logistique… Les usages y sont eux aussi multiples : déplacements, loisirs, commerces, marchés, terrasses, activités sportives ou culturelles.

À cela s’ajoute désormais une exigence largement partagée : donner davantage de place à la nature dans la ville.

Concilier ces usages de manière équilibrée et juste est donc fort complexe et on ne peut s’accommoder de simplisme ou de dogmatisme car l’espace public, tout comme l’enfer, peut être pavé de bonnes intentions : le “tout voiture” a montré ses limites, mais le “tout vélo”, le “tout événementiel” ou le “tout bistrot” peuvent eux aussi produire de nouveaux déséquilibres.

Cette complexité ne peut être correctement prise en compte sans une approche pragmatique, adaptée au contexte et, surtout, très largement concertée avec toutes les parties prenantes. Nous aimerions que la nouvelle municipalité sache désormais faire preuve d’une telle approche.

Mettre un terme à l’accaparement et la marchandisation de l’espace public

Il est clair pour nous que l’espace public est un bien commun qui ne saurait être accaparé, en particulier, par des terrasses de café ou d’incessantes manifestations commerciales : « Paris n’est pas à vendre », avons-nous pu dire. Le devenir des Champs Elysées, par exemple, s’il doit, bien entendu, prendre en compte la dimension commerciale du lieu ne peut être uniquement défini par le commerce. Nous attendons que la nouvelle municipalité mette clairement le holà à l’emprise excessive du business sur l’espace public.

Réapprendre à aménager l’espace public.

Pourquoi les passages piétons se transforment-ils en pédiluves dès la première pluie ? Pourquoi ces horribles sols synthétiques autour des arbres ? Pourquoi cette illisibilité et cette complexité d’usage de certaines places nouvellement aménagées ? Il semble, tout à la fois, que les porteurs de projets ont oublié les savoir-faire anciens du Paris haussmannien sans avoir trouvé les techniques adaptées aux nouveaux usages. Continuité des cheminements, écoulement des eaux, mobiliers adaptés à tous les publics, fluidité des circulations, attention à la végétation existante …Une nouvelle ingénierie de l’espace public est à construire avec les services de la Ville.

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