Lettre ouverte à Charles S.Cohen, société Cohen Media Group, propriétaire de La Pagode

Copie Préfecture, Mairie de Paris, Mairie du 7e, DRAC, Ministère de la Culture et Pierre-Antoine Gatier, ACMH, CNC, à l’architecte en charge des travaux

Objet: La Pagode : Demande d’arrêt des destructions et révision du projet, sollicitation de rendez-vous

Monsieur, 

A l’annonce du projet, nous avions cru pouvoir nous réjouir d’une nouvelle vie pour La Pagode, pensant que son acquéreur aurait eu à cœur de valoriser ce site exceptionnel en protégeant son âme. Mais ce 11 mai dernier, nous avons constaté l’abattage de trois arbres, un magnifique ginkgo (biloba), un hêtre pleureur et un marronnier en pleine maturité, augurant le début de la destruction du jardin. Stupéfiés par ce massacre inimaginable, nous apprenons à la lecture du dossier que le projet est aux antipodes du respect du site que nous pensions incontournable. La société Cohen Media Group propose la création d’une cité du cinéma assise sur les sites de l’ancien hémicycle Région IDF (57, rue de Babylone) et celui de La Pagode, un centre culturel et artistique au service du 7e art qui serait à la fois un pôle de création, de formation, de recherche et d’innovation pour toutes les filières et les communautés du cinéma. L’intention de ce projet est tout à fait intéressante mais sa réalisation promet de détruire le caractère féérique et miraculeux du lieu. Plus grave, ce projet met à mal le système de protection des monuments français, la « restauration » annoncée cache une véritable dénaturation. Outre le massacre du jardin, ce que le panneau explicatif décrit comme une « restauration du mur de clôture » achève au contraire la destruction commencée du côté du bâtiment de la Région (une grille sans intérêt en arc de cercle avec déplacement des pilastres). Or cette clôture unissait le pavillon à l’hôtel voisin (l’un étant une dépendance de l’autre historiquement probablement). 

Ce site est protégé au titre des Monuments historiques : la clôture et le jardin ont été classés MH depuis 2018 : « Le jardin avec son sol dans son emprise historique, y compris la clôture et les éléments décoratifs, de l’ancien pavillon de réception, actuel cinéma dit La Pagode, situé 57 bis rue de Babylone, sur la parcelle n°46, figurant au cadastre section BF : classement par arrêté du 9 avril 2018 ». Ce lieu protégé, bâtiment, jardin, clôture et porche, forme une entité harmonieuse qu’on ne peut toucher qu’à la marge. Abattre le mur de clôture pour loger dans un muret en béton, un banal cube de verre avancé sur rue, c’est contredire le savant effet de mystère maintenu par l’opacité du mur d’enceinte et l’échappée merveilleuse du porche. En particulier, la clôture à pilastres et panneaux est essentielle au site car elle assoit le bâtiment dans son contexte et accentue l’effet de surprise créée par le pavillon. Certains de ses panneaux pouvaient être remplacés par des grilles afin de donner à voir le jardin, mais il fallait agir finement. Ici, après destruction du mur, de son portique et construction de ce cube en verre, le pavillon, complètement décontextualisé, semble flotter et devient totalement illisible dans le quartier !

Enfin la destruction du jardin est tout à fait préoccupante. Au moment où la ville et ses habitants ont intégré qu’il est vital pour notre avenir de protéger tout ce qui reste de pleine terre, ces travaux prévoient de transformer ce jardin authentique et ancien en jardinière géante où l’on fera pousser des arbres sur une dalle de béton coiffant des salles en sous-sol. La méconnaissance du vivant est totale. L’imperméabilisation des sols interdit le cycle vertueux de l’eau et produit une nature artificielle incapable de s’autoalimenter. Il ne faut pas détruire le sol de La Pagode !

Nous sommes persuadés que votre attachement à la préservation et à la mise en valeur du patrimoine cinématographique français ne pourra pas contredire la protection du patrimoine architectural et végétal de ce site unique. Un autre projet tout aussi attractif mais respectueux du lieu peut encore voir le jour. Si pour les arbres il est trop tard, pour le porche, la clôture, le jardin et pour la magie, il est encore temps d’agir.

Aussi nous vous demandons un rendez-vous en urgence pour vous présenter les requêtes de nos associations.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’assurance de notre profonde considération.

Associations Signataires : FNE Paris, ARBRES, SOS Paris, Sites et Monuments, GNSA